mercredi 5 janvier 2011

Manuel Valls ne m'indigne pas

En ces temps où l'indignation se vend à la pelle pour 3 euros, les propos de Manuel Valls n'indiffèrent presque autant que les réactions qu'ils suscitent. L'emballement médiatique, ce que cela révèle sur l'impact des primaires au PS et sur la structuration du discours de la droite en perspective de 2012, m'interpellent nettement plus.

Résumé des faits : Le député de l'Essonne nous propose de répondre aux aspirations de pouvoir d'achat en échangeant quelques heures de travail contre du salaire. Ennoncé ainsi, cela entraine débat mais guère d'emballement. L'ancien chargé de communication de Lionel Jospin, avec l'art de la formule iconoclaste qu'on lui connait, déclare donc vouloir "déverrouiller les 35 heures". Immanquablement, la blogosphère s'émeut : appel aux sanctions, demande d'exclusion... Les chevaliers blancs du socialisme suivent, du porte- parole à Harlem Désir (1). Consécration, le quotidien de la gauche bien pensante, Libération, en fait sa Une en dénonçant le "débat de retard". Carton plein pour Valls, le coup de communication est un immense succès. Le bénéfice politique, lui, laisse dubitatif au regard de l'absence d'intérêt du discours.

On parle souvent de liaisons incestueuses entre la politique et la presse, bien qu'à ma connaissance Audrey Pulvar ne soit pas la sœur d'Arnaud Montebourg. Pourtant, cette séquence médiatique relève bien plus d'une telle définition que les histoires de cœur de la présentatrice d'i-TELE. Les premiers jours de l'actualité politique de l'année se structurent traditionnellement autour des vœux présidentiels, voir du marronnier des voitures brulées à la Saint-Sylvestre. La vacuité des premiers, l'absence de données sur le second ont produit un vide. Manuel Valls s'est engouffré dans la brèche, fournissant aux journalistes de quoi écrire. La connivence et l'intérêt ont été poussé jusqu'à en faire la Une. Il y a des décalages entre l'importance de l'information et son traitement qui font plus pour le discrédit de la presse que les liaisons des uns et des autres.

Bon maintenant, David, reconnait que Valls n'est qu'un irresponsable remettant en cause un des symboles de la gauche et faisant le jeu de la droite en la divisant. Peut-être... Au fond, j'avoue aucun accord possible avec le maire d'Evry. Mais le discours sur les divisions de la gauche et l'appel, en son nom, à un cadre contraignant d'expression dans le processus de désignation du candidat(e) me laisse plus perplexe. A ce petit jeu, ni Clinton, ni Obama n'aurait pu émerger aux États-Unis. L'incessant appel à l'unité qui structure le discours socialiste révèle une peur dont les sources sont à rechercher dans les conditions même d'organisation des primaires.

D'abord, quelle place faire aux candidats a priori secondaire ? Forcément, ils vont chercher à faire des coups pour exister, forcément, ils vont tenir un discours iconoclaste, et souvent sincère, pour disposer d'un espace. En fait, il y a une erreur de tempo. Reprenons l'exemple américain. La désignation s'y effectue à travers un ensemble de votes étalés dans le temps mais dont deux-trois s'avèrent décisifs au regard du nombre de délégués. Résultat, à chaque élection on voit des candidats, marginaux ou favoris au départ, se retirer de la course en cours de route faute d'assentiment populaire. Simultanément d'autres émergent ou confirment. Le vote unique, en fin d'exercice, nous privent de ce temps démocratique assurant l'expression de chacun, et dans le même temps, une sélection des acteurs clés autour desquels l'unité devra se construire. Nous n'avons pas su transposer, dans notre tradition jacobine, un mécanisme né de la tradition fédéraliste.

Ensuite, quel temps pour la sélection du candidat(e) et quel temps pour la campagne face à la droite ? Il y a ici une erreur de timing. Tout sera bouclé à l'automne, c'est à dire au même moment que la fois d'avant quand Ségolène Royal avait été désignée. Chacun se rappelle pourtant de la cacophonie socialiste qui avait régné malgré la désignation, chacun se rappelle des difficultés à organiser notre unité face à la droite, faute de temps. On fait comme si nous n'avions tiré aucune expérience des précédentes élections, comme si les difficultés rencontrées n'étaient que la résultante de la personnalité de Ségolène Royal (qui en a sa part). François Hollande avait raison, cet automne, de mettre en cause le calendrier et la crainte d'une gauche divisée relève aussi de la mémoire de nos expériences passées. Après, chacun l'a compris, il s'agit de donner du temps à Dominique Strauss-Khan, dont les amis sont une des composantes clés de la majorité du PS. Mais c'est déservir la gauche et sans doute Dominque lui-même, car comme le dit l'adage, le pouvoir va à celui qui le souhaite le plus.

Pour conclure, je souhaiterais n'arrêter à l'un des rares apports de la sortie de Valls, les réactions à droite. Copé s'est engouffré, appelant à la suppression des 35 h. Son ennemi intime, Bertrand, s'est montré plus prudent, considérant que les 35 h n'existent plus depuis les allègements mis en place en 2008. L'Élysée semble, pour l'instant, soutenir avec circonspection le leader de l'UMP. L'enjeu est de taille : comment pour la droite, après 10 ans d'exercice du pouvoir, se dédouaner de son échec économique ? La litanie de la perte de compétitivité liée au 35 h pourrait bien resservir.

Cette mesure concentre, en effet, un étrange paradoxe. D'un côté, elle est appréciée des salariés, ce qui a conduit Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy à l'aménager sans jamais la remettre en cause. De l'autre, sa dénonciation fonctionne comme un marqueur idéologique à droite sans apporter beaucoup de soutien en retour à la gauche. Il faut dire que cette dernière a depuis longtemps abandonner la bataille politique et idéologique pour la défendre et ce n'est pas le concert de petits voix amis de Martine Aubry, rappelant à chaque occasion que la mesure a été initialement proposée par Strauss-Khan,  qui va améliorer les choses.Les 35 h ne sont pas une patate chaude.

En fait, la facilité avec laquelle la droite peut se saisir de ce thème révèle surtout la faiblesse du logiciel socialiste. Quelle politique industrielle ? Quelle politique de finance publique ? Quelles priorités sociales ? Voilà des questions qui nous laissent bien désarmées alors que l'hiver est venu. Nous payons ici le prix d'une politique de préservation de l'accord d'appareil au sein du parti au détriment du débat d'idée. Est-ce une raison pour se résigner à parier sur l'échec de la droite et la survenue d'un homme ou d'une femme providentielle qui saurait l'exploiter ?



(1) Au jeu des petites phrases, que j'aime tant, je retiendrais celle d'un cadre socialiste anonyme: "Manuel Valls aura à peine attendu trente-cinq heures en 2011 pour dire un truc de droite". Si quelqu'un sait identifier l'auteur, je suis preneur.

1 commentaires:

  1. Je t’ai dans la peau
    Aucune résolution individuelle ne mettra jamais un terme à nos querelles.
    Nous avons besoin d’une résolution collective… être plusieurs à prendre la même résolution… comment on appelle ça déjà ?
    Une révolution…
    Sans faire couler la moindre goutte de sang. Sans armes et sans vacarme…
    http://www.tueursnet.com/2011/01/je-tai-dans-la-peau/

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