mercredi 7 juillet 2010

Courroye de Nicolas ?

Le parquet de Nanterre a décidé l'ouverture d'une enquête préliminaire suite aux déclarations de l'ex-compble de Liliane Bettencourt indiquant qu’une somme de 150 000 € aurait été remise en liquide à Eric Woerth pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. C'est la moindre des choses au regard de la gravité des accusations.

Maintenant, les déclarations d'un témoin et l'emballement médiatique ne font pas un délit. La non affaire Julien Dray l'illustre. Vilipendé par la presse, jugé coupable médiatiquement, le député de l'Essonne s'est retrouvé blanchi après un an d'enquête de la brigade financière. Nombreux furent les organes de presse condamnés alors pour diffamation, dont Médiapart.

Les mythes, tel celui du Watergate, ont la vie dure. Mais les conditions d'exercice de la presse, y compris économiques, ont bien changé. Dans ce type d'affaires, on a pu le constater ces dernières années, le journalisme d'investigation se réduit bien souvent à rapporter le témoignage de telle ou telle partie au dossier, de tel ou tel proche du dossier. En clair, l'enquête se limite bien souvent à retranscrire du off ou à rapporter des informations souvent couvertes par le secret de l'instruction. Un tel rôle n'est pas inutile en démocratie et peut permettre à  certains témoignages d'être pris en compte. Il ne remplace pas l'enquête, la vrai, celle de la police.

Alors que la police enquête, que le parquet s'efforce de mesurer s'il convient de donner une qualification pénale à ces faits, c'est une bonne nouvelle. Là où les choses se compliquent, c'est dans la nature même des personnalités mises en cause : le Président de la République, Le ministre du travail et ancien ministre du budget, la première fortune de France. L'indépendance de l'enquête est alors fondamentale.

Sauf que depuis plusieurs années, le gouvernement a remis en cause l'indépendance du parquet. Sauf qu'on peut s'interroger sur les relations liant Nicolas Sarkozy et le procureur de Nanterre Philippe Courroye.

Rappelons que ce magistrat a été nommé à ce poste contre l'avis du Conseil Supérieur de la magistrature, ce qui avait conduit le Syndicat de la magistrature à dénoncer "un verrouillage par la droite des postes stratégiques". Il s'est depuis illustré par son zèle envers le Président qui le présente comme son "ami". Ainsi, lorsque la juge Isabelle Prévost-Deprez en juillet 2009 refuse de statuer sur la demande de dommages et intérêts en faveur de Nicolas Sarkozy dans l'affaire du piratage des ses comptes bancaires, c'est Philippe Courroye qui montent au créneau demandant une sanction disciplinaire à son égard. L'initiative ne produisit pas de grands résultats, si ce n'est un lettre d'avocats au Président de la République lui demandant de clarifier ses liens avec le Procureur de Nanterre.

Est-ce à dire que Philippe Courroye ne mènera pas correctement l'enquête ? Ce serait une bien lourde accusation envers celui qui fut le magistrat instructeur du financement illégal du RPR et du trafic d'armes vers l'Angola. Mais supposons que l'enquête débouche sur la mise hors cause d'Eric Woerth, comment une telle conclusion sera-t-elle reçue de l'opinion ? En remettant en cause l'indépendance du parquet, en cultivant une proximité avec un certain nombre de procureurs, Nicolas Sarkozy a adopté une position qui ne peut que lui être préjudiciable dans un tel cas de figure. Une partie de l'opinion le soupçonnera toujours d'avoir obtenu le classement du fait de sa position et de ses liens personnels.

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